mardi 18 août 2015

Cesaria Evora, racontée par Elzbieta Sieradzinska

Avec la sortie de l'album posthume "Mãe Carinhosa" en 2013, la publication de cette nouveau biographie tout simplement intitulée "Cesaria Evora" est sans aucun doute l'événement marquant de ces dernières années pour les fans de la Diva aux pieds nus. Du moins, pour les nombreux fans Polonais, puisque cet ouvrage est rédigé dans la langue natale d'Elzbieta Sieradzinska, l'auteur, qui a également été la grande admiratrice et amie intime de Cesaria Evora. Espérons qu'il puisse un jour atteindre un public encore plus large, car il s'agit d'un véritable trésor, d'une biographie comme il n'en existait pas jusqu'à présent. 
En effet, comment expliquer qu'une artiste telle que Cesaria Evora, véritable star internationale, icône mondialement reconnue de la "World" musique, soit l'objet d'un nombre aussi limité de biographies, qui se comptent sur les doigts d'une (seule) main* ? C'est sans doute parce que raconter la vie de Cesaria ne peut pas se faire en se contentant de rester à la surface des choses. Cesaria était une personne énigmatique, difficile à cerner, et entourée d'un certain halo de mystère qu'elle savait d'ailleurs bien entretenir, comme pour se protéger. Ou était-ce plus simplement de la pudeur, une discrétion anachronique à bien des égards. Elle s'exprimait peu en public sur sa vie privée et ne laissait guère transparaître ses émotions. Pourtant, elle avait aussi un caractère bien trempé, avec des hauts et des bas, qui pouvait rebuter plus d'un intervieweur aguerri. D'ailleurs, elle n'était pas intéressée par l'idée de voir sa vie étalée au grand jour. Ce qui l'intéressait c'était de chanter, comme elle l'a fait toute sa vie, et d'être reconnue en tant que chanteuse, indépendamment de sa personnalité ou des détails de la vie qu'elle a pu mener. En ce sens, elle était à contre-courant de la mode qui veut que l'on ne jure que par le besoin d'exister et de "faire le buzz". En réalité, elle ne partageait nullement les codes du monde du show-biz et ne s'y sentait pas particulièrement à l'aise lorsqu'elle était tenue de le fréquenter. En définitive, pour pouvoir écrire une biographie juste et profonde, il fallait quelqu'un comme Elzbieta Sieradzinska.
Elzbieta a avant tout cultivé une grande passion et admiration pour Cesaria Evora, puis elle est devenue petit à petit la confidente et amie incontournable, ainsi que le compagnon de route de nombreuses tournées à travers le monde. Elle est sans doute la personne qui a la connaissance la plus complète de tous les détails, et qui possède une des plus importantes collections d'objets liés à Cesaria Evora, allant de disques introuvables, d'éditions spéciales, d'affiches, photos, flyers, et autres goodies en tous genres. De surcroît, elle manie l'art d'ecrire avec une grande habileté, d'autant plus qu'elle travaille au quotidien au milieu des livres et qu'elle n'en est pas à son premier essai. Rappelons que Elzbieta Sieradzinska est également l'auteur d'un guide de voyage sur le Cap-Vert (en langue polonaise) ainsi que de la traduction de la biographie de Véronique Mortaigne dans la langue de Mickiewicz.
Ce qui frappe donc, dans cette biographie, c'est le parti pris, très personnel et subjectif, adopté par l'auteur, qui a eu la chance de véritablement connaître son "sujet" et qui ne se contente pas de reprendre à son compte des bribes d'interviews glânées ici ou là dans la presse. C'est l'entremêlement d'impressions, de sensations, de découvertes, d'anecdotes, qui rendent cette biographie vivante. De plus, ce livre est riche en informations historiques, géographiques, culturelles. Enfin, le soin apporté au graphisme et à l'aspect extérieur de l'ouvrage le font entrer indéniablement dans la catégorie des "beaux livres".

*on citera par ordre chronologique:
Cesaria Evora, biografia autorizada - José Manuel Simões - 1997 (langue portugaise)
Cesaria Evora, la voix du Cap-Vert - Véronique Mortaigne - 1997
Cesaria Evora, la diva du Cap-Vert - Sandrine Texido - 2008
Le Cap-Vert & Cesaria Evora - Véronique Mortaigne et Pierre-René Worms - 2008
Appelez-moi Cize - entretiens avec Matthieu Boudsocq - 2009

Signalons également l'excellent documentaire d'Eric Mulet et Anaïs Prosaic intitulé Morna Blues (1996).

mercredi 12 août 2015

Dictionnaire des musiciens du Cap-Vert


C'est par une idée originale que la journaliste et anthropologue brésilienne Gláucia Nogueira, installée depuis de nombreuses années au Cap-Vert, compte mener à bien son projet de publication d'un dictionnaire des personnages de la musique Cap-Verdienne. 
Et pour cause, l'auteur a lancé une campagne de crowdfunding (ou financement participatif) afin de récolter 4 000 euros qui permettront l'impression de 300 exemplaires. 
Dans un petit pays comme le Cap-Vert, où les livres sont une denrée rare, en raison des difficultés logistiques liées à l'édition (les livres sont principalement imprimés au Portugal puis importés, ce qui engendre des coûts importants), mais aussi en raison d'un lectorat relativement limité, c'est un pari osé, mais qui découle d'une très belle idée : préserver un patrimoine musical riche en tirant de l'oubli ceux qui en sont - ou en ont été - les principaux acteurs. Ainsi, près de 900 musiciens, chanteurs et compositeurs sont regroupés dans cet ouvrage de près de 800 pages qui retrace plus d'un siècle d'histoire de la musique de cet archipel.
Pour participer à la réalisation de ce projet, il suffit de se rendre sur ce site. Il ne reste plus que 2 semaines, et déjà 70% des fonds nécessaires ont été récoltés.

Pour plus d'informations : http://www.glaucia-nog.blogspot.it/

mercredi 9 mars 2011

Palco de Vida, Palco de DIVA


La chanteuse capverdienne Diva Barros est aux Etats-Unis en ce mois de mars 2011, où elle vient présenter son premier album, Palco de Vida. La sortie officielle de l'album a eu lieu samedi 5 mars, à Providence, dans une région de la Nouvelle-Angleterre où réside la plus grande communauté capverdienne.
Diva participera également, aux côtés de Vlú, à une soirée de carnaval, prévue le 19 mars prochain, au Riviera Inn de Providence. Ils seront accompagnés par des musiciens venus tout droit du Cap-Vert (Tchenta, Jimmy...), ainsi que par Kalu Monteiro, et Dennis Mota.

Le titre de l'album, Palco de Vida, qui signifie mot à mot "scène de vie", met bien l'accent sur le fait que Diva est avant tout une artiste de scène. Forte personnalité, charisme irradiant, attitudes provocantes et sensuelles, tout contribue à captiver l'attention du public par ailleurs charmé par le registre grave de la voix qui donne un timbre suave, proche, dit-on, de celui de la chanteuse brésilienne Alcione. Ce disque n'est donc en aucun cas un ballon d'essai destiné à lancer la carrière de Diva, car celle-ci est déjà bien connue du public mindelense. Il s'agit plutôt de répondre à une demande de ses nombreux fans.

dimanche 21 novembre 2010

Qu'est-ce que la morna? B.Leza tente de répondre à cette question...

Cela faisait peu de temps que l’on avait éclairé les rues à la lumière électrique.

Dans la ville de Praia déjà assoupie régnait un silence sépulcral, à peine rompu par les sons lointains des instruments que l’on accorde, qui s’échappaient du numéro 44 de la rue du Dr. Miguel Bombarda, dont la porte demeurait fermée.

Tout à coup, la porte s’entrouvrit et quelqu’un annonça avec joie : « ça y est, nous avons de la lumière ! »

A cet instant, l’astre des nuits dans sa course incessante, tel un gigantesque disque argenté, apparaissait au zénith, tournant vers la Terre son regard divin et triste.

Incomparables nuits d’un été tropical, au cours desquelles la « Diane » s’attarde un instant au-dessus du Cap-Vert et offre à la jeunesse une des plus belles scènes qui lui soit donné de vivre !

Du numéro 44, d’où l’on percevait le son des instruments, sortit un groupe de jeunes gens, chacun portant un instrument déjà accordé.

Puis sortaient un à un d’autres garçons, prêts à accompagner la « troupe » dans sa promenade nocturne.

Lentement, le groupe se mit à suivre le chemin qui mène au Montagarro, formant deux files qui stationnèrent quelques minutes devant le bâtiment de la compagnie nationale du télégraphe.

Le passant qui se trouvait là à cette heure avancée de la nuit pouvait dénombrer dans la deuxième file deux violons, quatre guitares, un cavaquinho et une mandoline.

A l’issue d’une brève discussion, les musiciens reformèrent leurs rangs et entamèrent dans une cadence à la fois suave et profonde une tendre morna… une des plus caractéristiques du Cap-Vert, à savoir « Resposta di Segrêdo co Mar ».

La première file, qui ressemblait à l’avant-garde d’un cortège, s’engouffra dans la rue Sá da Bandeira, emportant derrière elle les musiciens.

Les cordes des violons gémissaient sous les doigts des interprètes, celles des guitares sanglotaient tandis que le cavaquinho et la mandoline émettaient des cris de lamentations harmonieux.

A plusieurs endroits, les lumières feutrées se mêlaient aux pâles et suaves rayons de la lune, et au beau milieu surgissaient des têtes d’hommes, prêtant l’oreille à cette sérénade.

Plusieurs minutes plus tard, le cortège musical s’arrêta sur la place des Gouverneurs, en face du palais du gouvernement.

L’on pouvait déjà conter, à ce moment, une trentaine de spectateurs, de curieux, qui attirés par la musique venaient former la queue du cortège.

Après un petit intermède, la musique recommençait, toujours avec la même cadence. La légère brise du Nord venait au contact des magiques instruments et se chargeait de leurs notes remplies de larmes, pour aller ensuite lécher la surface agitée de la mer, qui berçait nonchalamment ses ondes paresseuses.

Entre temps, le premier magistrat de la Colonie s’était levé et à sa suite, son illustre famille.

Son Excellence apprécia, en cette nuit nostalgique, le sentiment expressif du dissident peuple capverdien.

On avait fini de jouer « Resposta di Segrêdo co Mar ». Les instruments laissaient désormais s’échapper les notes harmoniques qui dans leur lamentation entonnaient « Unino », une morna d’une mélancolie à la fois grave et profonde.

Lorsque cette deuxième morna fut terminée, des applaudissements en provenance du palais se firent entendre, en signe de remerciement.

Finalement, après plusieurs détours à travers la ville, et quelques haltes aux portes des maisons, la « troupe » se retrouvait au numéro 44, d’où elle était sortie, laissant dans chaque cœur une certaine nostalgie et dans chaque âme un souvenir de cette nuit indescriptible.

Trois coups rythmés marquèrent les trois heures du matin à l’horloge municipale. Le ciel calme et silencieux, l’atmosphère légère et pure de cette claire nuit de pleine lune, invitaient le passant à attendre dans la rue l’apparition de l’astre diurne. On aurait dit un matin de printemps !

Ainsi, ce fut lors de cette nuit purement capverdienne que j’eus l’audace d’interpréter le sentiment lyrique de cette chanson créole que l’on appelle tout simplement Morna.

En effet, le peuple capverdien, à l’instar de tous les peuples civilisés, possède également son type de chanson poétique.

La chanson poétique des Capverdiens, c’est la Morna – chanson grandiose, d’inspiration profonde qui pénètre l’âme délicieusement.

Telle l’âme chagrine du peuple capverdien opprimé, la Morna est souvent triste. Pourtant, la Morna a ses propres variations : elle est triste lorsqu’elle traduit une tristesse, une fatalité ou un événement malheureux, par exemple :

Le naufrage d’un navire, une mort funeste, ou d’autres fatalités, comme le départ des émigrés qui embarquent pour l’Amérique ou pour un autre pays étranger – tout ces moments sont repris en chanson, sous la forme de mornas plaintives qui expriment toute la sensibilité du peuple capverdien :

Partida ê dôr â mâ tristéza
Quem invental câ temba amor !
Partida ê dôr na nôs pêto,
Di quêm que no dixá co dor

L’amoureux que la distance sépare de sa tendre « cretcheu » lui compose une Morna triste et expressive : »

O mar di Deus – ó mar sem fundo
Para um minuto ês bô raiba,
Bô dixâm frabo um segredo profundo
Pa bô lebâ pobre di nha crectcheu !

Ou encore, le drame d’un amour malheureux. Par exemple : un jeune homme épris qui se suicide à cause de l’infidélité de sa « cretcheu » ou en raison de quelque autre obstacle à leurs amours.

… bô quê Cristo na bô falar
Si bô amâm m’ta bêm ser ôto Jesus
Si bô, bu câ amâm m’ta morrê na mar.

Les années de sécheresse qui rendent les champs stériles, peuvent également inspirer une Morna langoureuse.

Le voyageur qui, lors de son retour d’Amérique rencontre une mer calme… tellement calme qu’elle retarde le navire dans sa traversée, se languit et pour tuer son ennui, se met à composer une Morna :

Ó mar azul
Ó mar di anil sagrado,
Mar bendito…
Mar pâ Dês bensoado!
Roncâ bô bai,
Roncâ bô bai pa Sul –
Que mim, m’ ta sperabo
Que m’ tem carta pam dabo

Et c’est toujours avec le regard tourné vers la mer que le peuple capverdien, aventurier par excellence, pleure ses chagrins, à travers la Morna.

En revanche, si une année les récoltes sont bonnes, ou si les émigrés reviennent couverts d’or et de dollars, alors la joie est à son comble. Alors, des quatre coins du Cap-Vert l’on entonne la Morna avec allégresse, exprimant ainsi l’insouciance d’un peuple simple.

Sur Brava, l’île de l’insouciance et des mille fleurs, la joie est telle que lorsque reviennent les émigrés, les belles jeunes filles les accueillent en chantant les magnifiques Mornas du grand Eugénio :

Ó bai, ó bai dja bô triste !
Dinhêro di mar dja bô caro !
Ó bem, ó bem dja bô doce!
Dia di bem dja bô claro ! etc…

On fleurit alors des mâtures jusqu’aux voiles les navires en provenance d’Amérique, on allume des brasiers immenses qui ne s’éteignent pas avant l’aube pour permettre aux embarcations d’accoster l’île pendant la nuit – et tout cela se retrouve exprimé dans la Morna.

L’amoureux transi qui ressent une passion véritable pour sa belle « cretcheu » - une jeune mulâtresse aux yeux noirs (tels des « raisins mûrs »), aux lèvres fines (« petite bouche au goût de miel »), aux cheveux noirs, à la poitrine pareille à deux citrons mûrs, au corps mince et gracieux – qu’il a de la chance celui-là ! – et il le fait savoir, en composant à sa svelte petite créole les vers rythmés de jolies Mornas sensuelles.

Enfin, tout… tout ce qui est capverdien se retrouve exprimé au travers de la Morna.

Ainsi, nous pouvons dire que la Morna dans la bouche des Capverdiens est à la fois un enfant qui pleure et un enfant qui rit. C’est à la fois la pauvreté et la richesse du Cap-Vert, fièrement incarnées dans une musique harmonieuse et sentimentale.

Il n’existe qu’une seule terre qui connaisse la Morna, qu’un seul peuple qui connaisse ses vers : le Cap-Vert et le peuple capverdien.

C’est pour cela que le Capverdien est capable de s’émouvoir lorsqu’il entend une Morna, qu’il se trouve au Cap-Vert ou à l’étranger, parce qu’il est le seul à pouvoir la comprendre, parce qu’il est le seul à qui il soit donné de connaître, ressentir, interpréter l’âme de sa terre.

La Morna, qui rassemble en elle tout le lyrisme de ce peuple sensible, s’apparente au fado portugais ou au tango argentin. En effet, pour le Capverdien, la morna chantée représente ce que représente le fado pour le Portugais. Quant à la morna dansée, elle possède l’expression et le rythme du tango argentin.

La Morna traditionnelle, qui de nos jours est chantée à travers tout l’archipel, est née sur l’île de Boa Vista, a grandi sur l’île de Brava, et a pris sa forme définitive sur l’île de São Vicente. Elle représente trois belles qualités artistiques de ces trois peuples : la musique, la poésie et la danse.

Sans craindre de nous tromper, nous pouvons affirmer que le peuple capverdien est – spirituellement – un peuple fort, pour ne pas dire un peuple riche.

De toutes les colonies du vaste empire colonial portugais, c’est le Cap-Vert qui, à toutes les âges de la vie, met le plus à l’honneur l’action colonisatrice du Portugal, alors même qu’il est celui qui doit le moins d’attention maternelle à sa Mère-Patrie.

Pourtant, nous, Capverdiens, nous sommes fiers de pouvoir tout exprimer dans notre Morna, parce que c’est elle notre richesse, c’est elle qui nous console et nous anime. Entendre une Morna, c’est en définitive le désir ultime du Capverdien sur son lit de mort – parce que la Morna est la saudade de toutes nos saudades.

Praia, 1932 (Uma particula da lira cabo-verdeana)

samedi 23 octobre 2010

Tempo de Canequinha

Dans un de mes précédents messages, j'ai évoqué assez succinctement la vie et l'œuvre de Sérgio Frusoni, qui a laissé dans la mémoire collective la morna "Tempo de Canequinha", une morna atypique de par sa structure et son texte décrivant non sans nostalgie une époque révolue où São Vicente brillait de mille feux grâce à son port qui faisait affluer marins, étrangers, et donnait du travail à beaucoup d'habitants, tout en conférant un certain prestige à la ville par l'afflux de richesses tant matérielles que culturelles. Voici comme promis une partition permettant de mieux connaître cette morna.
J'ai souvent été sceptique quant à la transcription de la musique cap-verdienne, issue d'une tradition orale, dans un cadre technique qui a été inventé et développé à l'origine pour la musique classique. D'une part, parce qu'il est dangereux d'enfermer dans une forme définitive une mélodie qui n'a cessé d'évoluer de génération en génération, parce que les interprètes eux-mêmes ne se sont pas mis d'accord ni sur une ligne mélodique univoque ni sur un texte unique. D'autre part, parce que la musique cap-verdienne est faite toute de syncopes, d'anacrouses, de retards, de points d'orgues dramatiques, qu'il ne convient pas d'écrire - car ils dépendent de l'humeur et de l'interprétation des chanteurs - mais dont l'absence sur une partition dénaturent complètement la portée poétique de ce style musical. Ainsi, un musicien ne se fiant qu'à la partition passerait à côté du sens même de la morna, et lui donnerait un caractère insipide autant qu'inexact.
Le célèbre professeur de musique mindelense, Jorge Monteiro (surnommé Jotamont) s'est efforcé, dans un souci louable de préservation du patrimoine culturel de son pays, de retranscrire quelques-unes de ses propres compositions ainsi que des œuvres plus anciennes de Eugénio Tavares, B. Leza, et d'autres. Si ces partitions sont importantes et jouent un rôle d'archive, je suis convaincu qu'elles ne doivent pas êtres interprétées à la lettre. Elles sont là pour dessiner une esquisse de ce que pourrait être telle ou telle mélodie. A l'interprète d'y ajouter toute la force et le caractère qu'il convient. C'est ainsi que je le conçois, et que je demande au musicien de passage qui trouvera cette partition de réagir!


mercredi 20 octobre 2010

Hommage à Eugénio (1/2)

Il y a quelques semaines, le Cap-Vert célébrait le 80ème anniversaire de la mort d'Eugénio Tavares, figure emblématique de l'histoire culturelle de ce pays. Aujourd'hui, nous revenons sur ce personnage à l'occasion du 149ème anniversaire de sa naissance - en espérant que dans un an, les commémorations seront à la hauteur de l'événement.
Né le 18 octobre 1861 sur la petite île de Brava, de père espagnol et de mère originaire de Fogo, Eugénio Tavares perdit très tôt ses deux parents. Il fut recueilli par José et Eugénia Martins de Vera Cruz, tous deux originaires de l'île de Madère, et appartenant à une classe aisée et intellectuelle. José était chirurgien, et s'était illustré dans son combat contre la fièvre jaune et le choléra en Guinée. Il mènera également une carrière politique à Brava, où il sera élu plusieurs fois maire. Sa femme avait été mariée à un poète de Madère. L'environnement familial était donc propice au développement intellectuel d'Eugénio, et à son intérêt pour les arts.
Le petit Eugénio fait ses début en poésie à l'âge de 12 ans. C'est à cette époque qu'il commence également l'apprentissage de la guitare. A 15 ans, son talent pour les lettres est remarqué par Luis Medina e Vasconcelos qui publie un de ses poèmes (écrit en portugais) dans un recueil de textes africains. Cette petite gloire le pousse à quitter le monde rural de Brava pour la ville de Mindelo, avec l'idée de développer son talent. Très vite, Eugénio apprend l'anglais et le français et collabore à différents journaux locaux. Il tombe sous le charme de cette ville qu'il considérera comme sa seconde terre, et en fera de nombreuses descriptions dans ses articles. A cette époque, Mindelo était, avec son port, un point de passage entre l'Amérique du Sud, l'Europe, le Sud de l'Afrique et même l'Asie. Il se dit que Mindelo accueillait alors pas moins de 100 000 passagers par an. Cet environnement multiculturel et cette ouverture sur le monde extérieur a profondément marqué Eugénio Tavares tout au long de sa vie.
A l'âge de 21 ans, il part pour l'île de Santiago, où il est nommé receveur-général des finances du district de Tarrafal. Cette expérience sur l'île qui abrite la plus ancienne cathédrale du monde colonial, bien que plus courte et différente de celle de Mindelo, l'aura également durablement marqué, et aura été une étape importante dans son cheminement à la rencontre du peuple cap-verdien et de ses traditions. Au bout de quelques mois, il retourne à Brava où il a été muté. C'est vers cette époque que naît son engagement en faveur de son peuple, opprimé par le colonisateur et victime d'injustice. Il se donne pour idéal "le bonheur et la réhabilitation du peuple cap-verdien".
Ces thèmes seront abordés dans de nombreux articles qu'il fait paraître avec un groupe d'écrivains dans les journaux. Il compte d'abord sur la bienveillance de son ami le gouverneur Serpa Pinto. Mais lorsque ce dernier rentre au Portugal et est remplacé par João de Lacerda, une censure plus forte est immédiatement instaurée. Lacerda ira jusqu'à interdire toute évocation de l'idée de famine dans les articles d'Eugénio. D'autres notables se sentent également menacés par la plume de Tavares, et vont fomenter un complot, ou plus précisément une diffamation, en inventant de toute pièce une histoire de détournement de fonds publics. Cet épisode va conduire Tavares à s'exiler aux Etats-Unis pendant quelques années aux Etats-Unis. Là, il fonds un journal, Alvorada, dans lequel il prend la défense des émigrés.
Mais cette expérience à l'étranger est largement vécue comme un échec, et Tavares ne parvient pas à s'adapter à cette nouvelle vie. Après plusieurs retours clandestins à Brava, il s'y réinstalle définitivement en 1910, à la faveur du changement de régime au Portugal qui amène la République. Il collabore par la suite à plusieurs journaux, notamment "A Voz de Cabo Verde". Il est enfin innocenté, 20 ans après la première sentence, qui aura laissé un souvenir douloureux dans sa vie. Il peut alors se consacrer pleinement à ses deux passions, la musique et la poésie, qu'il réunira subtilement dans ses chansons. Toujours aussi préoccupé par les conditions difficiles dans lesquelles vivent ses compatriotes, il fonde, avec l'aide de plusieurs personnes, une école, et crée un groupe musical constitué d'instruments à cordes.
En 1927, il est invité par le gouverneur Guedes Vaz, à participer à un séminaire sur la poésie, qui se tient à Mindelo. A cette occasion, on lui rend un hommage appuyé, ainsi qu'à d'autres poètes renommés de l'archipel (Januário Leite, José Lopes ou encore Pedro Cardoso). A son arrivée au port de Mindelo, le poète fut acclamé par une foule en liesse, qui le porta jusqu'à la place de l'hôtel de ville, au son des vivat.

A suivre...

mercredi 15 septembre 2010

Un prime-time consacré à Cesária


La chaîne portugaise RTP 1 va diffuser ce vendredi, à une heure de grande audience, un documentaire d'une cinquantaine de minutes retraçant la vie et l'œuvre de Cesária Évora. Tourné fin 2009 entre São Vicente, Paris, et Israël, en pleine campagne de promotion de l'album "Nha Sentimento", le documentaire éponyme tente sinon de percer le mystère, du moins d'en savoir un peu plus sur la personnalité de Cesária Évora, qui n'a pas l'habitude de se confier aux caméras.
Le film est signé Sofia Leite. Derrière la caméra: Miguel Sales Lopes, au montage: Rui Branquinho et à la production: Ana Lucas.

jeudi 18 mars 2010

Ca nô tcha rabecada morrê!

A new album is said to be released in the next few weeks. Entitled "Ca nô tcha rabecada morrê!", it is a collection of various traditional pieces of Cape Verde music played on violin, an instrument that used to be a central element of the morna. "The aim of this record is to rehabilitate the key role of the violin in Cape Verdean tradition", says the producer, Armando Correio e Silva. "We hope that one side effect of this work will be to raise interest in violin among the young generations in Cape Verde".
Nonetheless, it should be emphasized that the musicians' way of playing is more tilted toward modern style. The accompaniment is relatively soft, consisting of a guitar, a cavaquinho, drums, and a bass.
Here are two short excerpts:






mercredi 17 mars 2010

Fantcha at Joe's Pub




Fantcha en compagnie de Bau, avant le concert

Conformément à ce que nous avions annoncé il y a quelques jours, Fantcha a présenté son nouvel album Amor Mar e Música, samedi dernier, lors d'un concert au très glamour "Joe's Pub", à New York. Le même jour, l'album faisait son entrée chez les distributeurs Itunes et Amazon, ce qui va sans doute faciliter le succès de ce disque, alors que tant de talents de la musique capverdienne peinent à trouver un distributeur.
Fantcha est avant tout une voix sublime, immédiatement reconnaissables entre mille, un timbre suave et à la fois goguenard, enjoué, qui nous transporte subrepticement vers d'autres latitudes, en nous faisant oublier les contingences pour nous laisser rêver à l'essentiel.
Mais Fantcha, c'est également une personnalité hors du commun, douée d'un charisme rare, regorgeant d'une énergie et d'un enthousiasme qui ont tôt fait d'irradier sur son public. qui n'attend pas son autorisation pour se lever et se balancer aux rythmes de ses coladeras, mazurcas et autres marches de carnaval. Fantcha est à l'aise sur scène, elle s'amuse à communiquer avec l'auditoire, ne lui tient pas rigueur de sa grossièreté (certaines Cap-Verdiens non-originaires de São Vicente sont allés un peu loin en huant les paroles de la morna Ventre de Mãe Terra, qui fait l'éloge de cette belle île), lui tend le micro en l'invitant à l'accompagner sur ses refrains.
A la fin de la représentation, tous s'accordaient que le spectacle aurait dû durer plus longtemps! Mais bien que l'ambiance intimiste se voulût proche de la tocatina, ce genre de manifestation improvisée qui peut se prolonger jusque tard dans la nuit, la "civilisation" devait bien prendre le dessus - en clair, il fallait libérer la salle pour accueillir un autre artiste.


Amor Mar e Música, est un album profond, plein de mélancolie, parfois de tristesse et de désillusion. C'est également un voyage à travers le temps et les styles musicaux : morna, coladera, sanjon, mazurca, marche de carnaval, "funky, rock et funana" y sont représentés!
Le premier titre, éponyme, a été écrit par Fantcha, et mis en musique par Teofilo Chantre. Il s'agit d'un hommage au frère de la chanteuse, disparu en mer. Teofilo Chantre signe deux autres titres : Na Mundo E Na Bô, ainsi que le cola-sanjon Lumnara, rythme typique des manifestations de la Saint-Jean, à la fin du mois de juin, que l'on retrouve principalement sur l'île de São Vicente. Nha Vicente, de Jorge Humberto est une mazurca (unique style traditionnel à mesure ternaire), pleine d'entrain et de joie de vivre.
L'incontournable vieille garde de la tradition musicale est représentée par Eugénio Tavares (É Assim Qu'El Ta Fazedo) , Manuel de Novas (Serpentina), et Morgadinho (Amor di Mãe). Le premier est considéré comme le fondateur de la morna à la jonction des XIX° et XX° siècles. Le second, était le compositeur favori de Cesaria Evora, et n'a eu de cesse d'enrichir la tradition musicale de son pays dans la seconde moitié du XX° siècle, tant par ses innovations musicales que par l'apport de nouveaux thèmes poétiques dans le champ lexical de la morna et de la coladera. Le troisième enfin, grand trompettiste, membre du groupe Voz de Cabo Verde dans les années 70, est l'auteur de nombreux standards, dont le fabuleux Cize chanté par Cesária Évora.
Vlú (Valdemiro Ferreira), qui a plusieurs fois travaillé avec Lura, signe 2 titres plus légers: Funk Rock Coladera e Funaná, et Stica Canela, une satire de la société, sur un rythme de bossa nova.
A noter la présence de deux étoiles montantes du paysage musical : Constantino Cardoso (Ventre de Mãe Terra et Rival d'Carnaval), et Adalberto Silva également surnommé Betú (Maio Nha Terra). Le premier est reconnu pour son intérêt pour la musique de carnaval. Il se révèle pourtant un habile compositeur de morna, et plus généralement, un subtil parolier. Il avait d'ailleurs déjà écrit pour Ildo Lobo - dont on connaît les exigences en matière de textes - et Cesária Évora. Ici, Constantino démontre à nouveau qu'il peut se montrer d'une grande profondeur. Même Rival d'Carnaval, pourtant porté par un rythme entraînant propre au carnaval, comporte dans ses paroles un brin d'amertume, de sodade. Quant à Betú, qui a également écrit pour Ildo Lobo, et Cesária Évora, et dont la réputation n'est plus à faire, il signe ici une ode à sa terre natal, Maio, à la beauté de cette île, et la mansuétude de ses habitants.

Amor Mar e Música est un arc-en-ciel, joignant deux horizons infranchissables : celui de notre propre condition humaine, et celui de notre idéal rêvé.

mardi 16 mars 2010

Bau e Voginha - Relembrando os mestres

Bau et Voginha se sont produits vendredi dernier à Newark (NJ), au Mindelense Sport Club, également appelé "Guetto", un lieu dédié à la communauté capverdienne locale, et qui fait plus souvent office de discothèque que de salle de spectacle.


Les deux compères sont en effet en tournée sur la côte Est, deux ans après le lancement de leur cd Relembrando os mestres, un album de duos à deux guitares qui reprend de nombreux standards de la musique populaire traditionnelle, ainsi que des œuvres emblématiques des grands "maîtres" capverdiens de la guitare qu'ont été Luis Rendall, B. Leza, Tazinho ou Humbertona.
On se réjouit que les deux musiciens se soient enfin mis d'accord pour présenter ce disque au public plus de deux ans après sa sortie, alors que des rumeurs persistantes faisaient état de dissensions entre les deux fortes personnalités pourtant souvent réunies par la force des choses sur les planches.
Bau et Voginha, sont considérés comme les plus grands musiciens actuels. Ils ont su chacun à sa manière insuffler un nouveau style à la musique traditionnelle dans les années 1980 et 1990, lorsque celle-ci balançait entre le tout-électrique (synthés, guitares électriques), et le repli sur la tradition orthodoxe. Voginha est passé par des expériences rock et jazz - je recommande à cet égard son album "Felicidade" qui allie subtilement couleurs locales et touches jazzy - tandis que Bau, encore plus remarquable dans sa maîtrise du cavaquinho, s'est approprié de nombreux éléments d'origine brésilienne dans les mornas qu'il interprète tout au long de son abondante discographie.
Rappelons que les deux musiciens ont fait partie des premières formations à avoir accompagné Cesaria dans les débuts de sa carrière internationale, et ont notamment participé à l'enregistrement du chef d'œuvre absolu qu'est l'album Mar Azul.
Bau est également connu pour ses nombreux arrangements musicaux, et pour son travail de production artistique. Il a notamment produit les albums de Dudu Araujo, et de Fantcha, laquelle était en concert samedi au Joe's Pub, à New York. Bau était évidemment à la guitare.
Bau et Voginha se produiront encore à quelques reprises à Nantucket, Dorchester, New Bedford et Brockton, dans les Etats américains - Rhode Island, Connecticut et Massachusetts - où se concentrent la plupart des Capverdiens vivant aux Etats-Unis.


dimanche 21 février 2010

Cruelle décision - le dilemme créole

Crédits Photo : F. Michaud

Une morna composée par Morgadinho, et interprétée par la sublime Dulce Matias, sur son album "Razão d'Existi".





CRUEL DECISÃO

Um dia 'm oiá nha cretcheu
Ta bai mar e céu
Sem um destino, mod um réu
Na sê viaja pa tribunal
Ta esperá sê julgamento

Sentença bô foi dur, bô foi cruel
Já bô t'má nha esperança,
Nha amor, nha consolança
Ma 'm tem fê na Virgem Maria
C'ma um dia el ta voltá

Tud manera, s'el bai
'M ta f'cá mi só
Ma nôs fidje ta tchorá,
Ta saná, ta desejá boa viaja
Ness cruel decisão
Sem pena d'um situação
D'um amor, d'um paixão
Até dia qu'el regressá

Justiça bô ca tem piedade
Nem sentido d'igualdade
Pa ess pobre pecador
Nem certeza na bô julgamento
D'um pobreza chei di tormente

Fantcha CD Release Party at Joe's Pub


The U.S. Premiere of the long-awaited new album Amor Mar e Musica will take place on Saturday, March 13th at 9.30 PM at Joe's Pub (425 Lafayette Street, New York, NY10003).
Come celebrate Fantcha's latest CD with us in the warm intimate atmosphere of the legendary Joe's Pub.

Visit Fantcha on MySpace: http://www.myspace.com/fantcham

lundi 7 décembre 2009

Aéroport de S. Pedro : dernière ligne droite

© Neu Lopes

L'aéroport de S. Pedro, sur l'île de São Vicente, a accueilli le week-end dernier un Boeing 757 de la compagnie TACV, dans le cadre des derniers tests de certification, qui permettront très prochainement de lui conférer le titre d'aéroport international.
A cet égard, l'île de S. Vicente, qui abrite la ville de Mindelo, 2ème zone urbaine du Cap-Vert, pourra accueillir des vols internationaux, ce qui permettra aux voyageurs d'éviter les escales à Sal ou Praia.
Des rumeurs annonçaient déjà il y a quelques mois l'intention de la TAP, compagnie aérienne portugaise, d'ouvrir une ligne régulière entre Lisbonne et l'île de São Vicente.

vendredi 4 décembre 2009

Action contre la dengue


L’Association des Femmes Capverdiennes en France (AFCVF) organise le 6 décembre 2009 à Paris, une grande journée de solidarité "DAM MON N'LABANTA" pour les victimes de la dengue au Cap-Vert. Vous êtes appelés à venir nombreux soutenir cette cause. Rendez-vous au restaurant "Le Trinquet", 8 quai St-Exupéry, Paris 16ème. Un repas de spécialités capverdiennes sera servi à partir de midi.
La participation à cet événement caritatif est de 10 €. Il est également demandé aux participants d'apporter une boîte de paracétamol ou un répulsif contre les moustiques. En outre, des artistes capverdiens de renom s’unissent à l’AFCVF dans cette journée de solidarité.

La dengue est une maladie infectieuse transmise par les moustiques. Elle est à l’origine d’un syndrome de type grippal sévère et parfois de complications potentiellement mortelles que l’on appelle dengue hémorragique. Le seul moyen pour prévenir la transmission du virus de la dengue consiste à lutter contre les moustiques. Il n’existe pas de traitement spécifique, mais une prise en charge médicale adaptée permet fréquemment de sauver la vie des malades atteints de la forme hémorragique.

En 2 mois, près de 20.000 Cap-Verdiens ont été touchées par cette affection qui a fait 6 victimes mortelles. Un appel aux bonnes volontés est donc lancé.

samedi 31 octobre 2009

Nha sentimento : les titres interprétés par d'autres artistes

L'album Nha Sentimento ne comporte pas que des titres inédits. Loin de là ! Près de la moitié des chansons sont en fait des reprises de coladeras ou mornas très connues, qui avaient déjà fait l'objet de nombreux enregistrements, et qui sont profondément ancrées dans la mémoire populaire. C'est tout le secret de cet album qui mêle subtilement anciennes chansons, écrites pour la plupart par le regretté Manuel de Novas, et nouvelles compositions de Teofilo Chantre, ou d'Adalberto Silva ("Betu"), originaire de l'île de Maio.

Ainsi, bien qu'il existe plusieurs versions de mêmes chansons, chacune d'elles a sa spécificité, et les arrangements élaborés par Nando Andrade qui accompagnent la voix de Cesaria Evora apportent une touche innovante.

Voici quelques exemples comparatifs :

1. Serpentina

Cesaria Evora


Bana (1)


Mariana Ramos (2)


Fantcha (3)




2. Vento de Sueste

Cesaria Evora


Bana (4)


Ildo Lobo & Os Tubarões (5)




3. Zinha

Cesaria Evora


Bana (6)





4. Esperança di mar azul


Cesaria Evora


Nancy Vieira & Tito Paris (7)




5. Tchom Frio

Cesaria Evora


Arminda Sousa (8)


Tututa & Taninho (9)




6. Holandesa co certeza


Cesaria Evora


Arminda Sousa (8)


Tututa & Taninho (9)


Tututa & Taninho (instrumental) (9)



7. Resposta Menininhas de Monte Sossego


Cesaria Evora


Gabriela Mendes (10)


A vous de juger...


Références :
(1) : Bana, Ritmos de Cabo Verde, 1992
(2) : Mariana Ramos, Bibia, 2004
(3) : Fantcha, Amor, Mar e Musica, 2009
(4) : Bana, Charmosa, 2006
(5) : Os Tubarões, Pépé Lopi, 1977
(6) : Bana, Grito d'Povo
(7) : Nancy Vieira, Lus, 2007
(8) : Various Artists, Coladeras de Sempre, compilation sortie en 2004
(9) : Tututa & Taninho, Cabo Verde Islands, sortie CD en 2005
(10) : Gabriela Mendes, Tradição, 2005

lundi 26 octobre 2009

Cesaria invitée du "fou du roi"

Ce matin, Cesária Évora est venue faire une brève apparition dans l’émission de Stéphane Bern, le fou du roi. Elle y a chanté Ligereza, une chanson composée par l’un de ses compositeurs préférés, Teófilo Chantre. Tout autour de la Maison de la Radio, des affiches gigantesques ornent les panneaux d’affichage publicitaire et célèbrent le retour de la grande diva.


Jeudi dernier, Cesária avait également chanté sur le plateau de Ce soir ou jamais, présenté par Frédéric Taddéi.

Le mois de novembre s'annonce chargé en tout cas, puisqu'il mènera Cesaria en Suisse, au Luxembourg, en Israël, en Ouzbékistan, probablement en Pologne, sans doute en Lituanie, et peut-être dans deux pays d'Afrique (Angola et Togo). Rien d'officiel encore, que des conjectures... Cesaria participera également à un concert le 29 novembre à la Cigale, à Paris, dans le cadre de la manifestation "Ensemble nô djunta mon".

A noter que pour les concerts des 9 et 10 novembre au Grand Rex, l'ensemble qui accompagne Cesaria complété par un accordéoniste et deux ou trois chanteurs additionnels pour les voix de choeur. Les grands moyens, quoi!

dimanche 25 octobre 2009

Nha Sentimento : lancement des festivités

Il y avait comme un petit air de fête cette après-midi, rue Beaugrenelle. Plus précisément au numéro 8. Et pour cause : l'association Casa Cabo Verde, dont Cesaria Evora est la marraine, avait organisé une réception, pour fêter le lancement du nouvel album, Nha Sentimento, que nous avons déjà eu l'occasion d'évoquer ici. On pouvait y déguster des mets traditionnels, (beignets de poisson appelés pastels, poulpe, etc.), le tout accompagné d'un bon petit grog. Les hauts-parleurs diffusaient de la musique traditionnelle, tandis qu'un écran passait en boucle le making-of de Nha Sentimento (cf. quelques articles plus bas). Mais ce n'est pas uniquement pour cela que les convives étaient réunis. Tous attendaient avec impatience la venue "suprise" de Cesaria Evora.


Vers 16h30, Cesaria arrive. Elle traverse une haie d'honneur, serre des mains, fait la bise. Chaque personne a quelque chose à lui dire. Elle reçoit un bouquet de fleurs et d'autres cadeaux qu'elle s'empresse de confier à son assistante, à la manière d'un Rabbi Jacob. Puis elle s'installe dans un fauteuil au fond de la salle. Parallèlement, la vente des albums s'est ouverte. Commence alors un défilé incessant auprès de la maîtresse de cérémonie, pour obtenir qui un autographe, qui une photo, qui une interview. La salle ne désemplit pas, sauf lorsque Cesaria décide de sortir pour fumer une cigarette. Un mouvement instinctif s'opère, et voilà que la plupart des invités se retrouve dehors à l'entourer de nouveau !
Dur dur d'être une star...

Le programme des prochains jours est tout tracé : mardi, Cesaria devrait se produire à l'Unesco, à l'initiative de la fondation Houphouët-Boigny. Vendredi, enregistrement d'un concert à la maison de la radio. Et bien sûr, les 9 et 10 novembre, deux concerts exceptionnels au Grand Rex. Sans compter les nombreux plateaux télé et interviews radio. Courage Cesaria !

samedi 17 octobre 2009

Comment fabriquer un cavaquinho

Voici une vidéo assez intéressante que l'on peut trouver sur youtube. Filmé dans l'atelier du luthier de référence à Mindelo, "Oficina Luis Batista", dans le quartier de Monte Sossego, ce court documentaire présente les différentes phases de la fabrication d'un cavaquinho. Dans une seconde partie, il illustre les différents rythmes traditionnels qui peuvent être joués sur cet instrument.



Le cavaquinho est un instrument d'origine portugaise qui s'est répandu au Brésil, où il constitue l'instrument de base de la samba (pagode), mais aussi sur l'île de Madère, où il est plus connu sous le nom de Braguinha, et bien sûr, au Cap-Vert.
Ses quatre cordes sont, en partant de la plus aiguë à la plus grave : Ré, Si, Sol, Ré. C'est l'accordage le plus courant, même si d'autres accordages existent, notamment au Portugal.

Le cavaquinho que l'on trouve au Cap-Vert diffère de son homogue brésilien sur au moins deux points : sa caisse est légérement plus large, mais c'est surtout son manche qui a été élargi. Ce modèle a été conçu par Bau, grand cavaquinhiste et guitariste, qui voulait ainsi pallier les problèmes liés au manque de place pour les doigts. Par ailleurs, Bau, qui ne manque pas d'imagination, a même récemment mis au point un modèle de cavaquinho à 5 cordes, qui lui permet de pousser son art encore plus loin, grâce à l'ajout d'un la grave.

Pour information, la morna interprétée au début du film est Neuza, composition de Manuel De Novas (c'est bien Neuza, et non Lena comme le prononce à tort le chanteur...).
En voici les paroles, ainsi qu'un extrait de la version interprétée par Bana.

NEUZA


Mi na meio di mar, na solidão ta pensá na bô
M faze-bo ess morna pa confirmá nh’amor pa bô

Neuza ‘m tem sodade di bô
Nha sodade é tcheu
M ca podê squecê-bô
Neuza nha flôr ‘m tem qui volta
Pam ba braça-bo, cu amor,
Pam ba nina-bo, querida

Se mar fosse caminho di pé
Li dess distância costal
M ta corrê cheio di fé
Pam tchigá djunto di nha cretcheu